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Accueil du site || Vecteurs || Méthodes de lutte || Insecticides et traitement des animaux : quels produits pour quelle efficacité ?

Les insecticides disponibles pour le traitement des animaux peuvent agir sur les vecteurs selon deux modalités selon qu’ils diffusent sur la peau (insecticides de contact) ou par voie sanguine (insecticides à actions systémiques).

Quels sont les avantages et inconvénients de ces différents produits ?

Les traitements contre les Culicoides doivent être réalisés à l’aide de biocides [1] bénéficiant d’une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM). A l’heure actuelle, la majeure partie des produits agréés pour le traitement des animaux fait partie de la famille des pyréthrinoïdes. Il n’est cependant pas exclu que d’autres insecticides puissent être efficaces contre les Culicoides et, sous réserve d’obtention d’une AMM, puissent être employés à l’avenir sur le terrain.

Sur le plan pratique, les insecticides disponibles sont généralement homologués pour les mouches et non pour les moustiques ou les Culicoides. L’extrapolation des résultats d’efficacité obtenus sur les mouches n’est pas aisée. Différentes études permettent cependant de disposer d’informations sur l’activité des insecticides sur certaines espèces de Culicoides adultes.

Les traitements appliqués sur la peau

Les insecticides bénéficiant à ce jour d’AMM contre les mouches font partie de la famille des Pyréthrinoïdes. Ils sont à ce titre classiquement recommandés pour la lutte contre les Culicoides.

Les pyréthrinoïdes peuvent se présenter sous différentes formes : pulvérisations (ou solutions pour balnéation), aérosols, plaquettes auriculaires, « pour-on ».

Plaquette du CIIRPO
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Pour on Baignade Pulvérisation

Efficacité contre les Culicoides

Différents Pyréthrinoïdes de synthèse ont été évalués. Une activité a été mise en évidence sur certaines espèces de Culicoides adultes comme Culicoides imicola, Culicoides sonorensis, Culicoides brevitarsis ou encore Culicoides variipennis.

La diminution du taux d’attaque des bovins par Culicoides brevitarsis et Culicoides wadai (Australie) a été obtenue après pulvérisation de fenvalérate. Elle a été mesurée pendant toute la durée d’observation, limitée à 52 heures.

Une étude pilote a été récemment réalisée en Allemagne pour évaluer l’efficacité de la deltaméthrine appliquée en pour-on chez les bovins et chez les ovins. Les tests reposent sur l’évaluation de la mortalité des vecteurs mis en contact des poils prélevés sur les animaux traités. Il semble qu’un contact de 15 secondes suffise pour paralyser et tuer les Culicoides. Les résultats sont significatifs pendant les 15 jours qui suivent l’application du traitement et diminuent sensiblement après 21 jours.

De façon générale les modalités et le site d’application des produits jouent un rôle important dans la diffusion et donc dans l’efficacité des traitements :

- Chez les ovins, le type de laine a une influence sur l’efficacité de la deltaméthrine. L’étude réalisée en Allemagne montre l’importance d’une application directe sur la peau pour parvenir à une efficacité maximale.

-  Le site d’application doit correspondre avec le site de piqûre des insectes. A titre d’exemple, pour Culicoides sonorensis qui prend majoritairement ses repas sur le ventre des animaux, une application de permethrine sur le dos des animaux est inefficace alors qu’elle apporte des résultats satisfaisants (diminution de femelles gorgées de sang, moindres niveaux de gorgement) lorsqu’elle est réalisée sur le ventre des bovins. Attention toutefois : ces sites de repas diffèrent selon les espèces et pour Culicoides imicola par exemple, les repas sont réalisés sur la partie dorsale des ruminants… L’identification des espèces de Culicoides présentes en France et la connaissance de leur biologie sont donc cruciales pour préciser les modes d’application des produits.

Avantages du traitement :

- Les pyréthrinoïdes sont des insecticides de contact  : les principes actifs pénètrent au travers de la cuticule des insectes. Ils agissent sur leur système nerveux et tuent les Culicoides en les paralysant avant que ceux-ci ne piquent les animaux. La piqûre par l’insecte et l’ingestion de sang n’étant pas nécessaires pour agir contre le vecteur, on peut espérer, si l’efficacité est suffisante, interrompre le cycle de transmission du virus.
- Les produits employés sont agréés pour les ruminants et les molécules sont peu toxiques pour les animaux à sang chaud. Très lipophiles (affinité avec les corps gras de la peau, le sébum), les pyréthrinoïdes diffusent progressivement sur l’ensemble du corps (avec une certaine variabilité selon l’espèce animale, la qualité de la laine chez les ovins,…). Ils ne franchissent pas en revanche la barrière cutanée et présentent l’avantage de ne pas s’accumuler dans les tissus et les produits (viande,lait). Cela explique les délais d’attente faibles à nuls des produits disponibles sur le marché.

Et inconvénients …

- Les pyréthrinoïdes sont sensibles à la lumière et inactivés par les rayons UV. Ils ont donc une rémanence relativement courte en cas d’application externe (15 à 20 jours). Il faudrait donc pouvoir renouveler les traitements…
- Pour être efficaces, les modalités d’application des produits (sites d’application, dose, formulation) doivent être précisées et tenir compte du comportement des espèces de Culicoides vectrices présentes en Europe du Nord dont un certain nombre sont en cause dans le développement de l’épizootie du virus de sérotype 8.
- Les pyréthrinoïdes induisent une modification du comportement de nombreux diptères (parmi lesquels les moustiques) qui s’éloignent et évitent les animaux traités. L’insecticide joue alors au mieux un rôle de répulsif et la population des vecteurs n’est pas directement atteinte.
- Des phénomènes de résistance aux insecticides ont été observés. Connus chez les moustiques, ils peuvent apparaître ou exister d’ores et déjà chez les Culicoides dans la mesure où l’usage des pyréthrinoïdes est répandu depuis longtemps. L’utilisation successive de produits différents permettrait de limiter l’apparition d’une possible résistance.
- L’impact écologique de l’utilisation massive d’insecticides sur les animaux n’a pas été évalué.

En pratique :

Seuls peuvent être employés les produits bénéficiant d’une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM). Dans le cas présent, on aura de préférence recours aux produits utilisés dans le cadre de la prévention et du traitement des infestations par les mouches. Les Pyrethrinoïdes sont des antiparasitaires externes qui répondent à ces exigences et peuvent par conséquent être recommandés.

Reste qu’il n’existe à ce jour aucun insecticide bénéficiant d’une AMM pour les caprins. Le principe dit de « la cascade » permet dans ce cas d’utiliser les médicaments ovins ou bovins sur prescription vétérinaire. Des délais d’attente forfaitaires doivent alors être respectés : 7 jours pour le lait et 28 jours pour la viande.

Le renouvellement périodique des traitements, en principe nécessaire, pour maintenir la protection des animaux au cours du temps, pose, au delà des incertitudes sur une possible incidence environnementale, des problèmes pratiques et économiques.

- Un ensemble de produits disponibles pour les bovins

Insecticides utilisables chez les bovins : administration et posologie en vu de la prévention et du traitement des infestations par les mouches

 

Mode

d’administration

 

Médicament
Dose
Durée d’action
Délais d’attente
Principe actif
Nom déposé
Viande
Lait
Pulvérisation

Deltaméthrine

butox ® 50 ‰ *

50 ml pour 100 l d’eau

Non précisée

3

0

Fenvalérate

acadrex ® 60

100 ml dans 6 l d’eau (pour 30 bovins)

3 à 4 semaines

0

0

Aérosols

Fenvalérate

arkofly ®

Pulvérisations : 5 sec

2 à 4 semaines

0

0

Plaquettes

auriculaires

Cyperméthrine

felctron ®

1 plaquette par animal

24 à 48 h après pose
pendant 4 mois

0

0

« Pour-on »

Cyfluthrine

bayofly ®

> 100 kg : 10ml / bovin

6 à 8 semaines

0

0

Cyhalothrine

transit ®

10 ml / bovin

6 semaines

0

0

triatix ®

10 ml / bovin

Non précisée

0

0

Cyperméthrine

ectotrine ®

10 ml / bovin

7 à 8 semaines

0

0

Deltaméthrine

butox 7,5 ®

< 100 kg : 10 ml
100 à 300 kg : 20 ml
> 300 kg : 30 ml

8 à 10 semaines

0

0

versatrine ®

10 ml / bovin

4 à 6 semaines

0

0

- Un seul principe actif, la deltamétrhine, disposant d’une AMM pour les ovins

Insecticides utilisables chez les ovins : administration et posologie en vu de la prévention et du traitement des infestations par les mouches

 

Mode

d’administration

 

Médicament
Dose
Durée d’action
Délais d’attente
Principe actif
Nom déposé
Viande
Lait
Pulvérisation
Deltaméthrine

butox ® 50 ‰ *

50 ml pour 100 l d’eau

Non précisée

3

0

« Pour-on »

butox 7,5 ®

10 ml / ovin

8 à 10 semaines

0

0

D’autres formulations à base de Fenvalérate (ACADREX ® 60) ou de Deltaméthrine (VERSATRINE ®) sont disponibles mais utilisées chez les ovins pour d’autres indications : respectivement traitement des gales et protection contre les poux et les mélophages. Dans tous les cas, leur administration doit être réalisée selon la prescription du vétérinaire.

Les traitements par voie systémique (avermectines)

Les traitements par voie systémique concernent la famille des avermectines.

Efficacité contre les Culicoides

L’utilisation d’ivermectine par voie sous-cutanée à la dose de 200 μg/kg :
- Provoque la mortalité de Culicoides brevitarsis (Australie) après gorgement sur l’animal traité : mortalité de 99% des insectes piqueurs sur une durée de 10 jours après le traitement et mortalité supérieure à 40 % jusqu’à 18 jours après traitement ;
- N’a aucune action sur Culicoides sonorensis (Amérique) ;
- Donne des résultats variables sur Culicoides variipennis.

Il n’existe aucune référence sur les espèces de Culicoides présentes en Europe.

Avantages du traitement :

Les traitements aux avermectines pourraient avoir au delà de leur action sur les adultes, une activité larvicide pour des espèces comme Culicoides dewulfi dont les larves sont présentes dans les bouses ou le fumier.

Et inconvénients …

L’insecte doit d’abord piquer l’animal traité et se nourrir (ingestion du sang véhiculant l’insecticide) avant de mourir. Le cycle de transmission du virus n’est donc pas forcément bloqué.

L’atout que représente une possible activité larvicide doit être pondéré par les impacts écologiques négatifs qui lui sont corollaires : en particulier, destruction de la faune coprophile (coléoptères coprophages) essentielle à la décomposition de la matière organique.

En pratique :

- Les avermectines sont des endectocides c’est à dire des antiparasitaires possédant un effet contre les parasites internes (endoparasites) et externes (ectoparasites). Ils sont largement utilisés à titre curatif et préventif pour lutter contre les infestations parasitaires par des nématodes, des strongles,… et différents ectoparasites comme les poux, les tiques, les gales, le varron ou encore les oestres.
- Les seules formulations disponibles chez les bovins pour la lutte contre les mouches et plus précisément la lutte contre la mouche des cornes, Haematobia irritans se présentent sous la forme de pour-on. Il n’en existe aucune qui corresponde à l’indication souhaitée pour les ovins. Enfin aucune n’a d’autorisation de mise sur le marché pour les caprins.
- Une seule de ces formulations, à base d’éprinomectine [2], est utilisable chez les vaches en lactation. Dans tous les autres cas, l’usage de ces produits est interdit chez les femelles en lactation, en période de tarissement et chez les femelles gestantes futures productrices de lait dans les mois précédant la mise-bas (durée variable de 1 à 2 mois environ selon les produits).
- Comme pour tous les autres insecticides, les traitements doivent être réalisés sous prescription vétérinaire et les délais d’attente respectés.

Avermectine utilisable en Pour-on chez les bovins (y compris les vaches laitières) : administration et posologie en vu de la prévention et du traitement des infestations par les mouches (Haematobia irritans)

 

Mode

d’administration

 

Médicament
Dose
Durée d’action
Délais d’attente
Principe actif
Nom déposé
Viande
Lait
« Pour-on »

Eprinomectine

eprinex ®

1 ml / 10 kg

Non précisée

15

0

Dans tous les cas : des règles d’utilisation strictes.

- Les insecticides sont des médicaments vétérinaires  : leur utilisation est soumise à une prescription vétérinaire, les traitements doivent être reportés sur le carnet sanitaire. Leur formulation a été spécifiquement étudiée pour répondre à un ensemble d’exigences concernant à la fois l’efficacité des produits mais aussi leur innocuité sur le plan sanitaire et environnemental (évaluation toxicologique et éco-toxicologique). Il est donc important de suivre de manière stricte les préconisations du vétérinaire, de respecter les posologies, le mode d’application et les délais d’attente éventuels des produits à appliquer sur les animaux.
- Il est recommandé de se protéger lors de l’application d’insecticides : port de gants, de vêtements imperméables voire d’un masque à cartouche filtrante et de lunettes en cas de pulvérisation.

notes:

[1] étymologiquement : bio + cide = "« qui tue la vie » : désigne une large famille de substances chimiques qui regroupe les pesticides, les produits phytosanitaires ou phytopharmaceutiques, les désinfectants,…

[2] EPRINEX ND Pour-on Bovin